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Portrait. « J’ai découvert un métier qui sortait complètement de l’ordinaire » Entretien avec Antoine Beaussant, Vice-amiral à la retraite

Ancien commandant de sous-marins nucléaires et aujourd’hui élu à Lys-Haut-Layon, Antoine Beaussant revient sur un parcours hors du commun marqué par la Marine nationale, le commandement, la transmission et l’engagement au service des autres. Un entretien exclusif La Voix Lyssoise, que nous vous proposons de découvrir.

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Dans le calme de son bureau, à la mairie de Nueil-sur-Layon, Antoine Beaussant déroule son parcours avec calme et simplicité. Pourtant, derrière les mots posés et le sourire discret, se cache une carrière exceptionnelle au sein de la Marine nationale française. Sous-marinier, commandant de sous-marins nucléaires, officier général, conseiller militaire à l’Élysée puis responsable des forces françaises aux Émirats arabes unis, il a passé une grande partie de sa vie sous les océans avant de revenir s’ancrer à Nueil-sur-Layon, commune déléguée de Lys-Haut-Layon.

Antoine Beaussant revient sur plus de quarante années passées au service de la Marine nationale française. | La Voix Lyssoise - KÉVIN NICOULEAUD
Antoine Beaussant revient sur plus de quarante années passées au service de la Marine nationale française. | La Voix Lyssoise – KÉVIN NICOULEAUD

Mais rien ne le destinait réellement à la mer. Ou plutôt tout l’y destinait… et c’est précisément ce qu’il voulait éviter. « Je faisais partie d’une famille d’officiers. Il y a des familles de médecins, de notaires ou d’agriculteurs. Moi, j’étais issu d’une famille d’officiers. Mon père était officier de marine, mon grand-père est mort dans son char pendant la guerre. L’armée faisait partie de l’histoire familiale… et justement, je voulais faire autre chose. »

Après le baccalauréat, Antoine Beaussant prend une direction totalement différente. Il prend la direction d’une école d’ingénieur agronome, rien ne semble alors le rapprocher de la Marine nationale. « Je ne me voyais pas dans un bureau ou dans une tour à La Défense, mais je pensais quand même partir vers une carrière civile. Puis il y a eu le service militaire. Je me suis dit que ce serait dommage de ne pas aller voir ce qu’était la marine. »

Son service militaire comme officier de réserve aux Antilles va bouleverser sa trajectoire. « J’ai passé un an aux Antilles. C’était incroyable. Je me suis dit : c’est trop bien. Et finalement, je suis resté. Je me suis fait rattraper par mes gènes. » Lui qui se décrit alors comme « un homme des bois » , passionné par la nature et ayant grandi entre les forêts et la campagne angevine, découvre un univers totalement nouveau : les équipages, les bateaux, la vie embarquée et surtout la mer. « J’ai découvert un métier qui sortait complètement de l’ordinaire. Et une fois dedans, j’avais envie d’aller au bout. »

Antoine Beaussant revient sur plus de quarante années passées au service de la Marine nationale française. | La Voix Lyssoise - KÉVIN NICOULEAUD
Antoine Beaussant revient sur plus de quarante années passées au service de la Marine nationale française. | La Voix Lyssoise – KÉVIN NICOULEAUD

Très vite, il cherche donc ce qu’il considère comme l’un des métiers les plus exigeants de la Marine : les forces sous-marines. « Je voulais faire quelque chose d’extraordinaire au sens littéral. C’est ce qui m’a amené en finalité vers les sous-marins, tel un homme des bois, qui est passé sur la mer pour finir sous la mer. »

L’image fait sourire, mais elle résume parfaitement le parcours atypique de celui qui découvre alors l’univers très particulier des sous-mariniers. Lorsque l’on évoque les sous-marins, beaucoup imaginent immédiatement l’enfermement, l’isolement ou la pression psychologique. Antoine Beaussant reconnaît que cette question revient constamment. « Les gens me disaient : “Tu es fou, tu vas t’enfermer dans une boîte de conserve.” Mais l’être humain est extraordinaire : il s’adapte à tout. »

Il explique surtout que la vie sous-marine représente un défi humain et technique unique. « Un sous-marin nucléaire, c’est probablement l’un des objets les plus complexes créés par l’homme. Vous êtes assis sur une chaufferie nucléaire, sous l’eau, avec des systèmes extrêmement sophistiqués autour de vous. » Cette dimension technologique passionne immédiatement l’ingénieur qu’il est de formation. Mais ce qui le fascine encore davantage, c’est le fonctionnement collectif des équipages. « Quand vous êtes sous l’eau, vous êtes aveugle et à moitié sourd. Pourtant, il faut comprendre tout ce qu’il se passe autour de vous et maîtriser votre environnement. Cela demande une gymnastique intellectuelle passionnante. »

Après une carrière militaire internationale, Antoine Beaussant choisit de revenir s’ancrer dans le Vihiersois. | La Voix Lyssoise - KÉVIN NICOULEAUD
Après une carrière militaire internationale, Antoine Beaussant choisit de revenir s’ancrer dans le Vihiersois. | La Voix Lyssoise – KÉVIN NICOULEAUD

À bord, il raconte qu’une centaine de marins vivent ensemble pendant des semaines, coupés du monde extérieur. « Vous êtes enfermés ensemble, jour et nuit, avec un seul objectif commun : accomplir la mission. Il n’y a plus beaucoup d’endroits aujourd’hui où des gens vivent ça ensemble. » Il compare nostalgiquement cette vie collective à celle des explorateurs ou des astronautes. « Christophe Colomb a probablement vécu cela en traversant l’Atlantique. Les astronautes dans une station orbitale aussi. »

Cette solidarité permanente devient l’une des grandes forces des équipages de sous-marins. « Sur un bateau, chacun est une pièce unique du puzzle. Le cuisinier peut devenir indispensable à un moment précis. Le spécialiste nucléaire aussi. Chacun a sa place. ». Il se souvient notamment d’un cuisinier particulièrement doué pour identifier les navires ennemis grâce au périscope. « Moi, j’étais mauvais en identification. Lui par contre voyait seulement un tout petit bout de mât au loin et il savait reconnaître une frégate américaine ou allemande. Il était cuisinier, oui, mais parfois je lui laissais ma place au périscope. C’est la force d’un équipage, d’avoir chacun des facultés, au-delà des apparences ». Une anecdote qui illustre parfaitement l’esprit des équipages.

Au fil des années, il gravit progressivement tous les échelons de la Marine nationale : officier opérations, commandant en second, commandant de sous-marin nucléaire d’attaque puis commandant de sous-marin nucléaire lanceur d’engins.« Commander un sous-marin nucléaire lanceur d’engins, c’était l’objectif ultime de ma carrière de sous-marinier. » Ces bâtiments assurent la dissuasion nucléaire française et partent pour de longues patrouilles secrètes de plusieurs semaines. La pression est immense, mais jamais il ne ressent de peur. « Quand on partait en mer, on était prêts. Les équipages étaient entraînés en permanence et les bateaux entretenus par des professionnels remarquables. »

Le système de préparation des sous-marins nucléaires impressionne encore aujourd’hui Antoine Beaussant. Les équipages alternent entre entraînements intensifs sur simulateurs, maintenance des bâtiments et missions en mer. Les scénarios les plus extrêmes sont répétés. « On nous mettait dans des situations techniques catastrophiques pour que le jour où quelque chose arrive, on sache réagir immédiatement. »

Croquis d'un simulateur d'entrainement d'exercice utilisé en formation de sous-marinier | La Voix Lyssoise - KÉVIN NICOULEAUD
Croquis d’un simulateur d’entrainement d’exercice utilisé en formation de sous-marinier | La Voix Lyssoise – KÉVIN NICOULEAUD

La formation occupe une place centrale dans la Marine nationale. « Dans la marine, près de 20 % du personnel est en formation permanente. On apprend sans cesse. » Cette culture de l’apprentissage continu marquera durablement sa vision du management et de la transmission.

Parmi ses souvenirs marquants, il préfère raconter les moments humains plutôt que les opérations stratégiques. Il évoque notamment une anecdote devenue célèbre auprès de ses proches : celle du foie gras oublié avant une patrouille de Noël. « Mon responsable des vivres arrive paniqué avant le départ et me dit : “Commandant, commandant, j’ai oublié le foie gras dans les frigos, à terre.” On partait pour 75 jours… nous ne pouvions pas faire sans foie gras… impossible … alors on a demandé un hélicoptère avant de plonger. »

L’anecdote le fait encore rire aujourd’hui. « On faisait partie des missions les plus sérieuses de la défense française, mais on restait aussi des hommes qui partageaient des moments simples ensemble. » Les longues missions loin de la famille restent néanmoins un défi permanent. « Le métier de marin fonctionne seulement si, à terre, il y a une épouse capable de tout gérer. » Il rend régulièrement hommage à sa femme et aux familles des militaires. « Quand on partait en mer, on avait presque l’impression d’avoir une deuxième vie. Mais cela demande énormément à ceux qui restent à terre. »

Après sa carrière opérationnelle sous les mers, Antoine Beaussant rejoint ensuite l’Élysée sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Il devient adjoint au chef d’état-major particulier du président de la République, chargé notamment des questions liées à la dissuasion nucléaire. « Le président est le garant de la dissuasion française. Il doit avoir auprès de lui des spécialistes capables de le conseiller techniquement. » Cette expérience au sommet de l’État lui permet de découvrir une autre dimension des opérations militaires.

Puis il poursuit sa carrière comme officier général. Il dirige d’abord le Service de soutien de la flotte à Toulon, chargé de l’entretien des navires et sous-marins français. « Là, on passe d’un métier de marin à un métier de gestionnaire d’une très grosse structure. »

Quelques années plus tard, il prend le commandement des forces françaises stationnées aux Émirats arabes unis. Depuis Abu Dhabi, il supervise alors une vaste zone couvrant le Moyen-Orient et une partie de l’océan Indien. « Je découvrais totalement le monde interarmées et le Moyen-Orient. C’était passionnant. » Cette période correspond notamment aux opérations contre Daesh en Irak et en Syrie. « Nous avons participé à la mise en place des opérations dans la région et construit une base aérienne en Jordanie. » Des missions stratégiques qui lui donnent aujourd’hui encore un regard particulier sur l’actualité internationale.

Après cette vie de responsabilités militaires, Antoine Beaussant choisit finalement de revenir sur ses terres familiales. « Je savais depuis longtemps que je reviendrais ici. Mon ancrage, c’est ce territoire. Je suis né à Angers et j’ai passé toutes mes vacances à Vaillé Rochereau, ou à Nueil. » Il revient à Lys-Haut-Layon en 2019 avec une idée claire : s’engager localement. « Je voulais devenir élu local. Mon père l’avait été avant moi et j’avais vu à quel point cela transformait le rapport au territoire et aux habitants. »

Ancien commandant de sous-marins nucléaires, Antoine Beaussant est aujourd’hui élu à Lys-Haut-Layon. | La Voix Lyssoise - KÉVIN NICOULEAUD
Ancien commandant de sous-marins nucléaires, Antoine Beaussant est aujourd’hui élu à Lys-Haut-Layon. | La Voix Lyssoise – KÉVIN NICOULEAUD

Aujourd’hui élu municipal, il retrouve dans cette fonction certaines similitudes avec son passé militaire.« Une commune fonctionne aussi grâce à des équipes compétentes. Les élus seuls ne font rien. » Il souligne le professionnalisme des agents municipaux et l’importance du travail collectif. « Comme dans un équipage, chacun a son rôle. »

En parallèle, il décide également de transmettre son expérience dans le domaine de la formation professionnelle en créant une école de chaudronnerie à Cholet.« Dans la marine, on forme les gens en permanence. J’avais envie de transmettre cette culture-là. » Cette nouvelle aventure représente un défi totalement différent. « Dans la marine, on récupère un système qui fonctionne déjà. Là, il fallait partir de zéro et construire un projet. » Créer une structure, gérer des budgets, recruter, développer une activité : autant de responsabilités nouvelles qui l’enthousiasment.

Malgré ses nombreuses responsabilités passées, Antoine Beaussant reste convaincu que la réussite passe avant tout par le collectif. « J’ai toujours travaillé dans des environnements où les gens tiraient dans le même sens. C’est quelque chose de très précieux. » À ses yeux, les armées offrent encore aujourd’hui des opportunités immenses aux jeunes générations. « Les armées forment remarquablement les gens. Elles leur donnent des compétences techniques, humaines et un vrai sens de l’engagement. » Il insiste aussi sur les idées reçues autour du monde militaire. « On imagine souvent un univers fermé et rigide. En réalité, il existe un cadre fort, mais à l’intérieur de ce cadre, l’initiative est immense. » Pour lui, la Marine nationale reste une école de vie incomparable.« On y apprend la responsabilité, le travail en équipe, le dépassement de soi et surtout à faire avancer un collectif vers un objectif commun. »

Aujourd’hui encore, même après avoir quitté l’uniforme, Antoine Beaussant ne se considère pas réellement à la retraite.« Je ne me sens pas du tout retraité. J’ai encore envie de construire, de transmettre et de faire avancer des projets. » Et lorsqu’on lui demande s’il referait les mêmes choix de vie, la réponse arrive sans hésitation. « Oui. Sans doute différemment peut-être… mais oui, je recommencerais. Parce que j’ai eu une vie absolument passionnante. »

À travers de cet entretien exclusif à la découverte de ce parcours hors normes, et singulier, Antoine Beaussant montre qu’entre les profondeurs des océans, les opérations militaires internationales et l’engagement local à Lys-Haut-Layon, il garde finalement la même ligne directrice depuis le début : le collectif, le sens du service et la volonté constante d’aller plus loin dans la vie. Un parcours qui laisse réfléchir, et motivera, nous l’espérons les générations actuelles et futures.

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Kévin Nicouleaud - Journaliste indépendant & Fondateur LVL
Kévin Nicouleaud - Journaliste indépendant & Fondateur LVL
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